De Genève à la Catalogne

de | 5 janvier 2016

Une province loin de la mer, veillee par les grands sommets…

On l’imagine, ailes déployées, 2,60 mètres d’envergure fendant le silence. Mais où voir le gypaète barbu, ce vautour, membre de l’Union européenne, qui niche clandestinement dans les montagnes ?

Direction Lleida (Lerida, en castillan), la troisième ville de Catalogne, et après, on grimpe à pied ou en car vers le massif du Montsec, puis le parc national d’Aigilestortes. Et de là, on observe le ciel. Des bords du Segre, celui qui n’en vient y va », dit le dicton, vérifié dès l’arrivée dans le chef-lieu de la seule province catalane n’ayant pas accès à la mer: une cigogne a bâti son nid au sommet d’une grue mécanique. Les plaines du Ponent sont le royaume des oiseaux migrateurs, et nombre de réserves, dont l’exceptionnel site des étangs d’Ivars i Vila-Sana, les accueillent l’été, alors que la plaine crame sous un soleil têtu. Fort heureusement, les demi-saisons sont aussi douces que des cheveux d’ange. On peut alors grimper au clocher de La Seu Vella, la cathédrale aérienne édifiée sur la colline de Lleida. De tout là-haut, le regard survole les parcelles cultivées au cordeau pour se heurter au massif rocheux. « Vamos? »

« Vamos! ». Mais vers où? Faire ses valises pour Solsona et son passé médiéval?

Cervera et ses blessures franquistes? Arseguel et ses accordéonistes qui, à coup sûr, arracheront un pas de danse à la plus coincée des sexas? Droit devant, la montagne agit comme un aimant. Pureté des eaux et du ciel Il est une tradition à laquelle les habitants de Lleida ne dérogent pas : prendre une fois l’an le train des Lacs pour respirer l’air frais du Montsec, barrière naturelle qui sépare la dépression de l’Ebre des hauts sommets. 90 kilomètres jusqu’à La Pobla de Segur, avalés par une locomotive aux sifflets conquérants. La voie desservait les lacs artificiels, excavés pour alimenter le pays en énergie hydrau-lique: 41 tunnels, 31 ponts, l’ouvrage est impressionnant. La roche se contorsionne en gorges étroites, se dresse sous un ciel si pur que le Centre d’observation de l’univers l’a converti en terrain de jeu pour les mordus d’astronomie.

 Aux sources de la Garonne.

À partir de 65 ans, les visites des musées sont soit gratuites, soit à moitié prix, et la plupart des spectacles à tarif réduit. La Renfe accorde aussi des réductions sur te réseau ferré national aux détenteurs de la carte Senior.

Ramon Casas dont le jeune Picasso disait que son rêve était, un jour, de dessiner comme lui ! Il est un sacrilège : quitter ces lieux sans avoir goûté à la cuisine du restaurant Bertran, tenu par une ravissante octogénaire qui prépare elle-même ses cannellonis. On rêve de se convertir au régime « pyrénéen »: cèpes, pâtés de perdrix, escargots, fromage de montagne, girella (charcuterie d’agneau à base de tripes et de coeur), poissons de rivière, le tout arrosé d’un raimat rouge et généreux s’envolant tout de même vers les 14 degrés!

Heureusement, l’eau ne manque pas alentour. Au choix : baignade tonique, pêche, initiation à l’aviron sur le plan d’eau du parc du Segre, créé pour les épreuves de canoë-kayak des JO de Barcelone, en 1992. Les amateurs de sensations fortes se rendront directement à Sort, internationalement connue pour ses championnats de descente d’eaux vives sur la partie navigable de la Noguera Pallaresa. En ville, des flopées d’athlètes casse-cou croisent les aînés superstitieux, venus par cars entiers acheter leur billet de loterie La Bruixa d’Or (Sort signifie « chance » en catalan). Sans doute, les bergers y tentent-ils aussi leur chance. Sur les 90 familles d’origine, seules 13 ont gardé leur troupeau, aujourd’hui rabattu en quad sur les pâturages du val d’Assua. Les Catalans le murmurent dans leur beau linge de lit. Pas trop fort. Le val de Bot c’est leur bijou. Loin de la mer, mais plus méritant, avec des sommets avoisinant les 3000 mètres. Dans un paysage « heidimaniaque » se dissimulent 8 églises et un ermitage, joyaux de l’art roman lombard, classés au patrimoine mondial de l’Unesco. L’ensemble architectural se distingue par sa simplicité: arcs aveugles et bandes lombardes, murs épais soutenant une lourde voûte en berceau et un austère clocher carré surmonté d’un toit d’ardoises. Seul regret: l’emblématique Pantocrator de Sant Climent de Taiill est une reproduction. Afin d’éviter les pillages, les fresques les plus estimables de la région ont été déposées au Musée national d’art de Barcelone.
Recherche de l’oiseau mythique Au bout d’une semaine, toujours pas de gypaète en vue.  À moins de faire un effort, lacer ses chaussures de montagne et partir à sa rencontre. Après une rapide montée en 4×4, nous suivons Moïse sur les sentiers de randonnée. Le panorama est à couper le souffle: une rivière serpente dans un pré moussu, veillée par des montagnes sentinelles. Au lac, les pics neigeux des Encatats se reflètent dans l’eau étale. La respiration rythme nos pas. Si forte, si sacca-dée, que l’on s’étonne qu’un daim fixe calmement nos yeux lavés par l’émotion. Un temps, un suspens, un battement… C’est alors que je l’ai vu, rapace tour noyant, immobile, l’ombre décrochée de la paroi rocheuse.

La Catalogne en pratique

  • En avion: la compagnie Vueling assure une liaison régulière entre Paris-CDG et Lleida-Alguaire, en 1 h 35. Aller Le vendredi à 12 h et te dimanche à 9 h 25, retour le vendredi à 9 h 50 et te dimanche à 7h15. Comptez 120 € l’AIR en moyenne. www.vueling.fr et 0899 232 400 (1,34 € + 0,34 €Imn). >En voiture: 3 accès depuis la France, par le val d’Aran, Andorre ou la Cerdagne.
  • En train: peu pratique, excepté si vous passez par Barcelone. Puis prendre l’AVE (TGV espagnol) direction Madrid, arrêt Lleida.
    En toute tranquillité Encore secrète, la province de Lleida est une destination peu programmée par les voyagistes, sauf ceux qui organisent des randonnées.
  • « Les Encatats aux mille lacs, parc national d’Aigüestortes »: La Babguère, spécialiste des voyages à pied, propose une semaine de randonnée.
  • Langues: le catalan et le cas-tillan (espagnol). Les jeunes par-lent plus l’anglais que le français.
  • Monnaie: l’euro.
  • Climat: de type continental dans la plaine avec des étés très chauds (éviter juillet et août) et des hivers très froids. Demi-saisons idéales pour les visites culturelles et le tourisme vert. Santé : se procurer avant le départ la carte européenne d’Assurance maladie.
  • Électricité : 220 volts.
  • Décalage horaire: aucun.
  • Se déplacer: location de voiture à l’aéroport (Avis) ou à Lleida. Un service de navettes en taxis 4 x 4 dessert le parc national au départ d’Espot ou de Boi.
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